Prévu le 4 septembre 2026 au Théâtre antique d’Orange, le spectacle participatif consacré au groupe Queen a été annulé par la municipalité d’extrême droite. Le producteur David Hardit conteste les raisons budgétaires invoquées et a engagé une procédure devant le tribunal administratif de Nîmes.
La scène du Théâtre antique d’Orange devait accueillir, le vendredi 4 septembre 2026, plusieurs centaines de choristes réunis autour du répertoire de Queen. Le projet, baptisé Queen Forever , ne se déroulera toutefois pas comme prévu, sauf retournement judiciaire.
La municipalité d’Orange, dans le Vaucluse, dirigée par une équipe d’extrême droite, a décidé de retirer le spectacle de sa programmation. Son producteur, David Hardit, refuse cette annulation et a saisi en référé le tribunal administratif de Nîmes. L’audience doit se tenir le lundi 27 juillet 2026. À la date du 25 juillet, la juridiction n’a donc pas encore rendu de décision connue publiquement.
Un hommage participatif à Queen
Queen Forever devait proposer une relecture spectaculaire des chansons du groupe britannique emmené par Freddie Mercury jusqu’à la mort du chanteur, en 1991.
Le dispositif prévoyait la présence d’environ 650 choristes amateurs , venus de différentes régions françaises, aux côtés d’artistes et de musiciens professionnels. Certaines présentations du projet évoquent un ensemble pouvant approcher le millier de participants. Le chanteur britannique Mickey Callisto devait notamment prendre part au spectacle.
Pour les choristes, l’événement représentait une occasion rare de se produire dans le Théâtre antique d’Orange, monument romain inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco et régulièrement utilisé pour de grandes manifestations culturelles.
Le concert devait par ailleurs être proposé gratuitement au public, la commune ayant initialement accepté de participer à son financement.
Un accord conclu avant le changement de mairie
Le projet avait été validé sous la précédente municipalité dirigée par Yann Bompard. Un accord conclu en février 2026 fixait à 41 145 euros la somme due au producteur par la Ville d’Orange. Cette enveloppe devait notamment couvrir les dépenses liées aux artistes professionnels et à l’organisation du spectacle.
La situation politique locale a ensuite évolué. Jean-Dominique Artaud, investi par le Rassemblement national, est devenu maire d’Orange après les élections municipales de mars 2026. La nouvelle équipe a informé la production, à la fin du mois de juin, de sa décision d’annuler Queen Forever.
La mairie présente cette décision comme un arbitrage budgétaire relevant des responsabilités de la nouvelle mandature. Elle considère également que la rupture du contrat a été effectuée conformément aux dispositions prévues.
La mairie invoque des dépenses imprévues
Pour défendre son choix, Jean-Dominique Artaud a notamment évoqué les conséquences financières d’une importante chute de pierres. Cet incident bloque depuis plusieurs mois une voie de circulation de la commune et nécessiterait des travaux dont le coût est estimé à plus de 300 000 euros .
Dans ce contexte, le maire affirme avoir dû hiérarchiser les dépenses municipales et présente l’annulation du spectacle comme une mesure de gestion financière. Il a également qualifié la polémique de « non-sujet » lors d’une prise de parole suivant le conseil municipal du 20 juillet.
La municipalité n’avance donc officiellement aucun motif lié au contenu artistique du spectacle, au répertoire de Queen ou à la personnalité de Freddie Mercury.
Le producteur conteste l’argument budgétaire
David Hardit estime au contraire que les difficultés financières avancées par la mairie ne suffisent pas à justifier l’abandon du projet. Il souligne notamment l’écart entre le montant du contrat, légèrement supérieur à 41 000 euros, et la situation financière globale de la commune telle qu’il lui a été présentée.
L’ancien maire Yann Bompard a transmis une attestation dans laquelle il affirme que Queen Forever ne représentait pas une menace pour les finances municipales. Selon les chiffres qu’il avance, Orange devait enregistrer un excédent prévisionnel proche de deux millions d’euros pour 2025 et disposer d’une trésorerie avoisinant dix millions d’euros. Ces éléments sont invoqués par les opposants à l’annulation, mais il appartiendra au tribunal d’en apprécier la pertinence juridique et financière.
Le producteur soutient également que les raisons budgétaires ne correspondraient pas aux circonstances permettant une annulation prévues dans le contrat. Celui-ci mentionnerait notamment des situations de force majeure ou des événements rendant matériellement impossible la représentation.
Cette interprétation contractuelle est contestée par la mairie, qui considère avoir respecté les clauses applicables. La justice administrative devra donc examiner les arguments des deux parties.
Des frais déjà engagés par les choristes
Au-delà du désaccord entre la production et la municipalité, David Hardit insiste sur les conséquences de l’annulation pour les participants bénévoles.
Une partie des choristes avait déjà réservé des transports et des hébergements afin de rejoindre Orange en septembre. En retenant une estimation moyenne de 150 euros par participant, le producteur évalue à environ 97 500 euros les dépenses engagées ou susceptibles d’être perdues par les 650 choristes amateurs. Ce montant constitue une estimation de la production et non une somme constatée par une décision de justice.
L’annulation pourrait également entraîner des conséquences pour certains hôtels, restaurants et commerces d’Orange qui comptaient accueillir les participants et leurs accompagnateurs.
Une polémique politique aux motifs discutés
L’affaire a rapidement dépassé le seul cadre contractuel. Des participants et plusieurs commentateurs ont évoqué l’hypothèse d’une décision influencée par la dimension symbolique de Freddie Mercury, souvent présenté comme une figure importante de la culture LGBTQ+.
À ce stade, aucun élément public ne permet cependant d’établir que l’orientation sexuelle de Freddie Mercury ou une opposition idéologique au groupe Queen constitue le motif réel de l’annulation .
David Hardit a lui-même indiqué ne pas vouloir présenter cette hypothèse comme une certitude. Il critique principalement la justification financière, la méthode employée et l’absence de concertation avec les personnes engagées dans le projet.
Les analyses reliant cette affaire à la politique culturelle de la municipalité d’extrême droite relèvent donc de prises de position formulées par le producteur, des choristes, des associations ou certains médias. Elles ne doivent pas être confondues avec les motifs officiellement communiqués par la mairie, qui restent budgétaires.
Une audience décisive le 27 juillet
Le référé engagé devant le tribunal administratif de Nîmes vise à remettre en cause l’annulation et à permettre, si les conditions juridiques le permettent, le maintien du spectacle le 4 septembre 2026.
L’audience est fixée au lundi 27 juillet . Le juge devra notamment apprécier l’urgence de la situation, la nature des engagements contractuels liant la commune au producteur et la légalité de la décision municipale.
Une audience ne signifie toutefois pas nécessairement qu’une décision définitive sera annoncée immédiatement. Le tribunal peut rendre son ordonnance rapidement ou mettre l’affaire en délibéré.
Pour les centaines de choristes déjà mobilisés, l’issue de cette procédure déterminera si Queen Forever pourra encore résonner dans le Théâtre antique d’Orange ou si la production devra envisager une représentation dans une autre ville.
