RZee Jackson, le reggae perd un frère et un bâtisseur

Hommage à RZee Jackson, musicien jamaïco-canadien, disparu. Découvrez son impact sur le reggae et la culture musicale.

RZee Jackson, le reggae perd un frère et un bâtisseur

Le monde du reggae pleure RZee Jackson, également connu sous les noms d’Esso Jaxxon et Castro Pink. Chanteur, percussionniste, ingénieur du son, producteur et passeur de culture, l’artiste jamaïco-canadien a consacré plusieurs décennies à faire vivre la musique roots, sur scène comme dans l’ombre des studios. Pour Pull-Up MAG, sa disparition est celle d’un frère de musique et d’un authentique bâtisseur.

La nouvelle a frappé la communauté reggae avec une immense tristesse. La famille de RZee Jackson a annoncé sa disparition le 24 juillet 2026 sur le compte officiel de l’artiste. Depuis cette annonce, musiciens, producteurs, médias spécialisés, amis et passionnés de reggae lui rendent hommage à travers le monde. Les circonstances précises de son décès n’ont pas été communiquées publiquement au moment de la rédaction de cet article. Aucune hypothèse ne doit donc être avancée.

RZee Jackson n’était pas uniquement une voix. Il appartenait à cette génération d’artistes pour lesquels le reggae constituait à la fois une musique, une culture, un engagement et une responsabilité collective. Derrière le microphone, les percussions ou une console de mixage, il travaillait avec la même volonté : préserver les fondations jamaïcaines tout en permettant à cette musique de voyager.

Des racines jamaïcaines profondément ancrées

RZee Jackson est né dans la paroisse de Clarendon, en Jamaïque. Il a également passé une partie de son enfance à Old Harbour, dans la paroisse de St. Catherine. Il a grandi au moment où les sound systems, le ska, le rocksteady puis le reggae roots transformaient durablement la vie culturelle de l’île. Cette proximité avec les vibrations jamaïcaines allait accompagner toute son existence.

En 1973, il participe à un programme d’échange culturel aux États-Unis, où il travaille notamment dans des camps d’été. Deux ans plus tard, en 1975, il s’installe au Canada. Toronto accueille alors une importante communauté caribéenne et voit se développer un véritable écosystème musical autour des artistes, des studios, des magasins de disques, des labels indépendants et des sound systems.

Ce déplacement ne marque pas une rupture avec la Jamaïque. Il permet au contraire à RZee Jackson de participer à l’élargissement international du reggae, en contribuant à son implantation sur le territoire canadien.

Au cœur du reggae de Toronto

À son arrivée au Canada, RZee Jackson rencontre plusieurs figures déterminantes de la scène locale. Il travaille avec le producteur et ingénieur Oswald Creary, associé au Half Moon Studio, ainsi qu’avec Doug McClement de Comfort Sounds Studio. Il croise également la route de Jackie Mittoo, immense claviériste jamaïcain, ancien membre des Skatalites et directeur musical historique de Studio One.

Ces rencontres placent RZee Jackson au centre d’une période particulièrement féconde. Toronto n’est alors pas une simple terre d’accueil pour les musiciens jamaïcains. La ville possède ses propres circuits de production, ses lieux de diffusion et ses studios. Le quartier d’Eglinton Avenue West, qui deviendra célèbre sous le nom de Little Jamaica, s’impose comme l’un des principaux foyers du reggae en dehors de l’île.

RZee Jackson a raconté avoir participé à plusieurs séances d’enregistrement chaque semaine durant les années les plus actives du quartier. Il y assurait des fonctions de chanteur, mais aussi d’ingénieur du son, accompagnant des producteurs et des artistes dans la réalisation de leurs morceaux. Les clubs, les boutiques spécialisées, les studios et les lieux informels de rencontre formaient alors une industrie indépendante particulièrement dynamique.

Son importance réside précisément dans cette polyvalence. RZee Jackson ne se contentait pas d’occuper le devant de la scène. Il participait à la construction des outils indispensables à la survie et au développement d’une culture musicale.

Aux côtés de Leroy Sibbles et de l’Ital Groove Band

Une autre rencontre essentielle est celle de Leroy Sibbles, chanteur historique des Heptones. Celui-ci l’intègre à l’Ital Groove Band, l’une des formations reggae les plus actives du Canada à cette époque.

RZee Jackson y chante les harmonies, joue des congas et du gong bap, tout en utilisant ses compétences techniques lors des séances en studio. Le groupe se produit régulièrement au Canada et aux États-Unis, alternant les tournées et les périodes d’enregistrement.

Lorsque Leroy Sibbles poursuit d’autres activités, RZee Jackson contribue également à maintenir cette dynamique avec The Groove, formation parfois désignée sous les noms de Jamafrica ou Hit Squad selon les configurations. Il participe ainsi à plusieurs facettes d’une même aventure collective : concerts, répétitions, enregistrements, production et accompagnement de nouveaux artistes.

Cette expérience illustre parfaitement son approche. Dans la vision de RZee Jackson, une chanson ne dépendait jamais d’une seule personne. Elle résultait du travail conjoint des chanteurs, des instrumentistes, des ingénieurs, des producteurs et de toutes celles et ceux qui permettaient au public de la découvrir.

Une œuvre entre roots, dub et conscience sociale

En 1980, RZee Jackson publie notamment l’album Seat Up . Il poursuit ensuite sa carrière à travers différentes productions indépendantes et développe ses propres structures, parmi lesquelles les labels Ital, BeeZee Sounds Production et Radio Plus. Son album Unda Di Struggle sera par ailleurs distingué dans le cadre des Canadian Reggae Music Awards.

Son catalogue révèle un artiste attaché aux racines du reggae, mais également capable de naviguer entre roots, dub, dancehall et rythmes plus directs.

Avec In A South Africa , enregistré à Londres au milieu des années 1980, RZee Jackson dénonce le système d’apartheid alors en vigueur en Afrique du Sud. Sur l’autre face, At The Reggae Party adopte une énergie davantage tournée vers les dances et les sound systems. Ces deux morceaux montrent les différentes dimensions de son écriture : la conscience politique d’un côté, la célébration collective de l’autre.

Des titres comme Long Long Time , Blackheart Man ou sa version de Row Fisherman Row ont également contribué à installer son identité musicale. Produites au Half Moon Recording Studio de Toronto, certaines de ces œuvres ont été rééditées plusieurs décennies plus tard, permettant à une nouvelle génération de collectionneurs, de sélecteurs et d’auditeurs de les découvrir.

La réédition de Row Fisherman Row en 2024 rappelle combien le travail de RZee Jackson demeurait actuel. Son reggae ne relevait pas uniquement de la mémoire. Il continuait de circuler dans les sound systems, dans les bacs des disquaires et au sein des nouvelles productions roots.

Des retrouvailles avec Cedric Myton et The Congos

Au début des années 2000, RZee Jackson retrouve Cedric Myton, son ami originaire de la même région jamaïcaine et voix emblématique de The Congos. Cette relation artistique donne naissance à de nombreuses collaborations, sur scène comme en studio.

RZee Jackson intervient auprès de The Congos comme musicien, chanteur, producteur et partenaire de tournée. Cette association réunit deux parcours différents, mais portés par une même fidélité au roots reggae et à ses dimensions spirituelles.

En 2017, RZee Jackson apparaît sur l’album Presenting Kingston All Stars , aux côtés de musiciens majeurs comme Sly Dunbar, Jackie Jackson, Mikey Chung, Hux Brown, Robbie Lyn ou Ansel Collins. Il interprète le morceau Bossman Say , présenté comme l’un des temps forts du projet.

Sa présence sur cet album résume une grande partie de son parcours. RZee Jackson pouvait évoluer avec les pionniers du reggae tout en s’inscrivant dans des projets contemporains destinés à prolonger leur héritage.

Artiste, ingénieur et homme de transmission

RZee Jackson avait compris très tôt que la pérennité du reggae dépendait aussi de la maîtrise de ses outils économiques et techniques. Dans les années 1990, il étudie l’administration de l’industrie musicale au Trebas Institute de Toronto et obtient son diplôme en 1996.

Il dirige ensuite DubWorl Audio Visual HQ, travaille avec Imaaj Music et occupe le poste de vice-président du marketing pour Kings of Kings Inc. Ces responsabilités montrent l’étendue de son activité : création musicale, production, promotion, ingénierie, gestion et accompagnement professionnel.

Beaucoup d’artistes sont connus pour les chansons qu’ils ont interprétées. D’autres laissent une empreinte plus large, perceptible dans les carrières qu’ils ont soutenues, les studios qu’ils ont animés, les scènes qu’ils ont contribué à structurer et les connaissances qu’ils ont transmises. RZee Jackson appartenait à cette seconde catégorie, sans jamais cesser d’être lui-même un artiste.

Pull-Up MAG rend hommage à son frère RZee Jackson

Aujourd’hui, les mots semblent trop étroits pour mesurer une telle perte.

RZee Jackson était notre frère. Un frère de reggae, de roots, de culture et de musique. Un homme dont le parcours rappelait que la grandeur ne se mesure pas seulement à la lumière reçue sur scène, mais également à celle que l’on transmet aux autres.

Il représentait une génération qui a transporté la Jamaïque dans ses bagages, ses voix, ses instruments et ses bandes d’enregistrement. Une génération qui a fait du reggae un langage international sans jamais effacer ses origines.

Son œuvre raconte Clarendon, Old Harbour, Toronto, Little Jamaica, Londres et Kingston. Elle raconte les studios indépendants, les longues tournées, les sound systems, les vinyles, les rencontres et les amitiés entretenues pendant plusieurs décennies.

RZee Jackson laisse derrière lui des morceaux, mais aussi une méthode : travailler, partager, produire, transmettre et rester fidèle à la musique.

Pull-Up MAG adresse ses plus sincères condoléances à sa famille, à ses enfants, à ses proches, à Cedric Myton, aux membres de The Congos, aux artistes qu’il a accompagnés ainsi qu’à l’ensemble de la communauté reggae internationale.

Repose en paix, notre frère RZee Jackson.

Ta voix s’est tue, mais les fondations que tu as aidé à construire continueront de vibrer.

Jah guide and protect. Rest in power, King.