Figure profondément respectée de la scène électronique irlandaise, Mark « Beanzy » O’Brien est mort à 38 ans lors du festival Love Is A Stranger, organisé dans le comté de Cork. Derrière les platines comme au milieu du public, ce DJ, collectionneur et passeur de musique avait contribué pendant de nombreuses années à faire vivre les cultures techno, house et electro de sa ville.
La scène électronique de Cork vient de perdre l’un de ses visages les plus familiers. Mark O’Brien, connu de tous sous le surnom de « Beanzy », est mort le dimanche 19 juillet 2026, alors qu’il assistait au festival Love Is A Stranger, organisé sur le domaine de Ballyvolane House, à Castlelyons.
Âgé de 38 ans, le DJ avait été retrouvé sans réaction dans une tente. Les secours ont tenté de le réanimer, mais son décès a été constaté sur place. Le coroner a été informé et une enquête médico-légale doit permettre d’établir précisément les circonstances de sa mort. Au moment de la publication de cet hommage, aucune cause officielle n’avait été rendue publique. Il serait donc irresponsable d’avancer la moindre hypothèse.
À l’annonce du drame, les organisateurs de Love Is A Stranger ont annulé le concert de clôture. L’équipe du festival a déclaré coopérer avec An Garda Síochána et les services d’urgence, tout en adressant ses pensées à la famille, aux amis et aux proches du festivalier disparu.
Un DJ indissociable des nuits de Cork
La carrière de Beanzy ne se mesure pas uniquement à une discographie, à des millions d’écoutes ou à une succession de grandes scènes internationales. Son importance se trouvait ailleurs : dans sa présence constante, sa connaissance des disques, sa capacité à transmettre et son engagement au sein d’une communauté locale.
Pour les habitués des clubs et des rassemblements électroniques de Cork, il était devenu une figure immédiatement reconnaissable. On pouvait le retrouver derrière les platines, puis quelques heures plus tard au milieu de la piste, attentif au set d’un autre artiste. Cette proximité avec le public et avec les autres DJ constituait une part essentielle de son identité.
Le magazine spécialisé irlandais Four Four le décrit comme un DJ expérimenté, un collectionneur particulièrement averti et un véritable « selector » : un artiste capable de construire une sélection avec une culture musicale profonde, plutôt que de simplement enchaîner les morceaux les plus attendus.
Beanzy s’intéressait notamment à la techno, à la house, à l’electro et aux ramifications plus confidentielles de la musique électronique. Ses proches évoquent son goût pour les morceaux rares, les références méconnues et les longues conversations consacrées aux productions, aux vinyles ou à des styles comme la ghettotech.
West-Fest, Phoniq et les premières archives
Les archives disponibles permettent de retrouver sa présence sur la scène de Cork dès le milieu des années 2010.
En 2015, Beanzy figurait ainsi dans la programmation de West-Fest, un événement organisé dans un lieu tenu secret à West Cork. La soirée réunissait plusieurs représentants reconnus de l’underground électronique local, parmi lesquels Generations of House, Vinyl Below, Mucca, Deep Blue, Jinty, Phillip Deasy et Jon Barry. Les organisateurs présentaient cette affiche comme un rassemblement de certains des DJ et artistes électroniques les plus respectés de la ville.
Le 26 décembre 2016, Beanzy apparaissait également à l’affiche de la Phoniq Christmas Disco au Cube, sur Hanover Street, aux côtés de Maksy, Deasy et Jinty. Cette soirée témoigne de son implication dans l’univers de Phoniq, un rendez-vous auquel son nom est resté associé au fil des années.
Des publications de Phoniq annonçaient aussi sa présence dans la salle sombre du club Dali, équipée d’un système de diffusion Void, avec la promesse d’une sélection consacrée à une musique de club pensée pour résister aux modes.
Beanzy envisageait d’ailleurs de relancer sa propre soirée Phoniq. Ce projet, régulièrement évoqué avec ses amis, n’a malheureusement pas pu aboutir avant sa disparition. Il révèle néanmoins une dimension importante de son parcours : Beanzy ne se contentait pas de jouer. Il réfléchissait à la manière de créer des espaces, de réunir des personnes et de défendre une certaine vision de la fête.
Le rooftop de Mason, un souvenir fondateur
Parmi les souvenirs revenus après sa mort, l’un concerne un set joué sur le toit du Mason à Cork. Ash O’Donovan, cofondateur de Kriptik, raconte avoir découvert Beanzy lors de cette prestation et avoir été immédiatement marqué par sa sélection.
Ce moment est présenté comme une véritable porte d’entrée vers un nouvel univers sonore. Il illustre ce que Beanzy représentait pour de nombreux jeunes artistes locaux : non seulement un DJ apprécié, mais aussi un initiateur capable d’ouvrir des perspectives musicales.
Les échanges entre les deux hommes se sont ensuite poursuivis sous la forme de recommandations, de discussions et de longs messages vocaux consacrés à la musique.
Kriptik, l’une de ses dernières grandes aventures
Ces dernières années, Beanzy avait conservé un lien étroit avec les nouvelles générations de la scène techno irlandaise. Sa présence au Kriptik Music and Arts Festival en constitue l’un des exemples les plus visibles.
L’édition 2025, organisée sur la côte de West Cork, associait artistes internationaux et talents locaux autour de deux scènes. Beanzy figurait sur l’affiche aux côtés de Kerrie, Jerome Hill, Jamie Behan, TR One, MEJMI, KASK, Hooligan, Jack Devine et de nombreux autres représentants de la scène irlandaise.
Il était de nouveau annoncé pour l’édition 2026 de Kriptik, organisée en juin dans un lieu secret de West Cork. La programmation rassemblait notamment Ben Pest, Dylan Fogarty, Jamie Behan, TR One, MEJMI, Meda-Ava, Hooligan, Havik et plusieurs collectifs ou artistes émergents.
Cette présence au sein d’une affiche aussi large résume bien son rôle. Beanzy appartenait à une génération expérimentée, mais continuait à évoluer au contact des scènes contemporaines. Il servait de trait d’union entre différentes périodes de l’histoire électronique de Cork.
Un collectionneur, mais surtout un passeur
Plusieurs hommages insistent sur la richesse de sa collection de disques. Le DJ Carl d’Alton a présenté Beanzy comme un artiste talentueux, un éducateur et une influence majeure pour la communauté de Cork. Selon lui, sa collection faisait l’admiration de nombreux passionnés.
Gary Fitz a également souligné son aptitude à dénicher les morceaux les plus profonds et les moins évidents d’un bac à vinyles. Cette capacité à chercher au-delà des titres connus donnait à ses sets une personnalité particulière.
Pourtant, Beanzy ne conservait pas jalousement ses découvertes. Il envoyait des recommandations, partageait ses références et consacrait du temps à discuter avec les autres artistes. L’un de ses proches se souvient de messages vocaux de plus de cinq minutes, surnommés avec humour ses « mini-podcasts », dans lesquels il analysait un style, un disque ou une idée de soirée.
Son désir de transmission dépassait même le cercle des DJ professionnels. Il avait prêté un sampler SP-404 au fils d’un ami afin de l’encourager à expérimenter la production musicale. Ce geste modeste résume une grande partie de son héritage : rendre la musique accessible, stimuler la curiosité et donner aux autres l’envie de créer.
Une personnalité aussi importante que ses sets
Depuis l’annonce de sa mort, les témoignages ne parlent pas seulement de ses qualités techniques. Ils décrivent unanimement un homme disponible, drôle, généreux et attentif.
Stevie Grainger, DJ et animateur radio connu sous le nom de Stevie G, a rappelé que Beanzy était une personnalité populaire de la scène de Cork et que son absence serait profondément ressentie par la communauté musicale locale.
Aidan Lynch, membre du groupe The Love Buzz, a évoqué une personne capable d’écouter et d’aider ceux qui en avaient besoin. Le DJ Eddie « TR One » a, pour sa part, parlé d’un lien presque fraternel construit grâce à leur passion commune pour les disques. Quelques heures avant d’apprendre la mort de son ami, il avait encore joué lors d’un set un morceau que Beanzy lui avait recommandé.
Jamie Behan a également rendu hommage à un DJ respecté bien au-delà de Cork, mais surtout à un homme dont il conservera les conversations profondes, les débats amicaux autour du vinyle, les rires et les accolades.
Liam Chambers et Ash O’Donovan ont résumé le sentiment général en affirmant que Cork ne serait plus tout à fait la même sans lui. Ils ont décrit un ami toujours disponible pour offrir un conseil, écouter un problème ou apporter son soutien.
Le dernier week-end à Love Is A Stranger
Love Is A Stranger était la deuxième édition d’un format itinérant développé par l’équipe d’Another Love Story. Le festival réunissait à Ballyvolane House des artistes comme Move D, Colleen « Cosmo » Murphy, Fixity, Seamas Hyland, Sorcha Richardson, Theatre et John Spillane.
Beanzy y participait en tant que festivalier et membre d’une communauté qu’il avait contribué à faire grandir. Sa mort, survenue au cœur d’un événement conçu autour du partage musical, a provoqué un choc d’autant plus violent pour ses proches et pour les participants.
Le festival a interrompu sa programmation par respect pour sa famille et ses amis. Les organisateurs ont également remercié les secours, les bénévoles, les équipes techniques, le public et les responsables du site pour leur réaction face à la situation.
Il convient de rappeler qu’aucune cause de décès n’avait été officiellement communiquée dans les jours ayant suivi le drame. La prudence impose donc de s’en tenir aux faits confirmés et d’attendre les conclusions des procédures officielles.
Une trace durable dans la culture électronique irlandaise
Mark « Beanzy » O’Brien ne laisse peut-être pas derrière lui une carrière documentée par de longues biographies officielles ou une succession de communiqués de presse. Il laisse quelque chose de plus difficile à mesurer : une empreinte humaine.
Son histoire rappelle que les scènes musicales locales ne reposent pas seulement sur les têtes d’affiche. Elles vivent grâce aux collectionneurs, aux programmateurs, aux habitués, aux DJ résidents et aux passionnés qui recommandent un disque, soutiennent une soirée ou accueillent un nouveau venu.
Beanzy était l’une de ces personnes indispensables. Il savait transformer une sélection en conversation, une soirée en espace collectif et une passion personnelle en culture partagée.
Les témoignages annoncent déjà que des fêtes seront organisées en son honneur. Ses amis continueront à jouer les morceaux qu’il leur avait fait découvrir. D’autres retrouveront son souvenir au détour d’un disque, d’un club, d’une ancienne affiche ou d’un long message vocal consacré à une production oubliée.
À Cork, son nom restera attaché aux platines, aux vinyles, à Phoniq, à Kriptik et à toutes ces nuits durant lesquelles la musique électronique créait une communauté.
